FILM  INACHEVE ?  AVEC DIANE DERIAZ (1926 -2013)

Titre "LE MONDE AUTOUR DE DIANE"   (Format : 16mm Scope)


Photo Bernard Pavelek

Diane Deriaz (1926-2013) Eternels regrets... à moins que l'on ne converse tous les deux d'ici là...
Film-portrait commencé, qui est resté en plan et beaucoup de rires, tant d'aventures ...
Mais un départ discret dans "le grand bain"... Au revoir Diane...

B.P.

Sujet : Portrait de Diane Deriaz, les souvenirs d'une trapéziste, égérie des poètes.

Diane2newopt.jpg (57699 octets) C'est en 1961 que Lauwrence Durrel tend à Diane Deriaz un cahier vierge où sur la couverture est inscrit  "Diane Deriaz - mémoires" et : "Il faut commencer pour commencer."


Diane a attendu vingt-sept ans pour en noircir les pages...

Ce livre " LA TÊTE A L'ENVERS " par la minutie de ses détails, se lit comme un journal intime avec ses joies, ses drames, ses émotions et donne envie au lecteur de connaître son auteur.

En 1988, j'ai rencontré Diane, au moment où son livre sortait. Sa conversation, son humour, son regard sur les choses et les gens m'ont fasciné (je crois que c'est le mot juste !) et donné envie de visiter sa vie à travers son livre.

B. Pavelek

 

 

EXTRAIT D'UN ENTRETIEN FILMÉ :

B.P.- " On va parler d'Olivier Larronde, il y a un livre qui vient de sortir sur lui, dernièrement..."

D.D. - "Oui..."

B.P.- "On vous a demandé de faire un petit texte ?"

D.D. - "...Non, c'est pas exactement ça..."

B.P.- " Vous l'avez bien connu Olivier..."

D.D. - " Ah oui-oui je l'ai bien connu, je l'ai connu petit garçon !... Et après "jeune homme", naturellement, et après "homme". Il y a eu un hommage à Olivier et un éditeur "Barbesat", a retrouvé un petit texte que j'avais écrit, mais, pas pour être publié, un texte enfantin que j'avais écrit tout de suite après la mort d'Olivier, et... Qui lui a plu et il m'a demandé la permission de le publier, j'ai naturellement donné le feu vert pour Olivier..."

B.P.- "... C'est un texte qui date de quand ?"

D.D. - " Olivier est mort en "65", alors de... "65" c'est à dire..."65"..."85"...26 ans. ... C'est un petit texte, mais qui plaît beaucoup en général, parce que... Ça a été écrit à chaud et... Voilà, il venait de mourir pour ainsi dire, enfin, quelques, quelques jours, ou, peut-être une semaine ou dix jours avant alors, c'est très enfantin ! ... C'est très enfantin..."

B.P.-" Et pourquoi, vous pensez qu'on réédite maintenant, ses poésies ?"

D.D. - " Peut-être en partie à cause de moi, à cause de "La tête à l'envers" parce que je parle beaucoup d'Olivier, j'ai fait beaucoup d'émissions, j'ai beaucoup parlé de lui, et..."rrr" Les petits fils invisibles ont tiré les sonnettes invisibles... Je crois que j'y suis pour quelques chose... Mon bouquin étant traduit en Japonais... Les quelques spécialistes de la poésie Française, très rares, qui connaissent Olivier Larronde...  Vont pouvoir maintenant le mieux connaître et le mieux découvrir... Ça je suis très contente ! c'est une "promotion Larronde", qui est un sublime poète, très difficile, mais magnifique !... Ça vous le savez que je le pense et je le pense... Ses poèmes sont... parmi les plus beaux de la langue Française et je comprend pas qu'il ai fallu attendre si longtemps pour que ça fasse un petit "jus", comme ça autour de son œuvre...  (...)

D.D. - " Jacques Baratier... Il m'a fait un cadeau formidable, parce que c'est lui qui m'a fait rencontré Audiberti. Cadeau humain époustouflant, énorme, géant... Un grand poète, un grand rigolard, aussi, asthmatique, "qui parlait un peu comme ça" et ...qui m'a émerveillé, qui a écrit une pièce superbe, que je lui est inspirée qui s'appelle "Pucelle", ça c'est un privilège!"

B.P.- "Pourquoi "Pucelle" ? "

D.D. - "Parce que je lui rappelait... Jeanne d'Arc !... J'étais jeune... J'avais un coté "guerrier", très forte, physiquement, et un peu aventurière... J'étais... Un peu voyante !... Un peu guérisseuse, révoltée, croyant qu'on pouvait faire des choses difficile, comme la grande Jeanne, voilà, alors il avait trouvé un sujet d'inspiration et il a écrit une pièce superbe sur Jeanne d'arc ! Où Jeanne est dédoublée, il y a deux Jeanne, c'est à dire que la Jeanne guerrière et puis une Jeanne sous-jacente, invisible, qui est une paysanne, très simple, qui correspond assez bien à la dualité, enfin à la dualité, aux deux personnes que je suis, en fait il y en a cinquante, probablement, comme tout le monde, on est "Jeckill and Hyde"... ...Comme vous, probablement... (silence)... Mais enfin ça c'est évident que, si on me dit : "comment va tu ?", je comprend pas très bien, parce que, à quel "tu", s'adresse-t-on ? Il faut dire : "comment allez-vous ?" Parce qu'on est plusieurs, "comment vas-tu ?" c'est idiot !"  

 

je reproduis ici la fin de l'entretien.

Peu de temps après, Diane Deriaz partait au Japon où son ouvrage « La tête à L’envers »
allait y
être traduit et sortir…

Titré au Japon
恋する空中ブランコ乗り私は翔んだ、空を、詩を。シュールレアリストたちに愛されたある女性の回想

(…)


B. - "C'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'ennuis à Saint-Denis, dernièrement ..." 


Diane - "C'est pire que des ennuis, il y a eu un mort !...
Enfin, il est peut-être mieux là où il est, il devait souffrir beaucoup pour, pour être...
Non-non, et puis ça c'est le "Karma" !, hein, C'est le "Karma", ça c'est le destin..." 


B. - "Ah oui ?" 


Diane - "Acceptons-le ! " 


B. - "Accepter la mort..." 


Diane - "Ah bah oui !...Parce si on accepte pas la mort, on accepte pas la vie !...
Puisque c'est la... C'est le "Ying" du "Yang", c'est le "Yang du "Ying"..." 


Off : (fin de bobine film N°3 - Le DAT continue d’enregistrer sans interruption) 


Diane - "Si vous n'acceptez pas la mort, vous n'acceptez pas la vie!...
D'ailleurs la plupart des gens qui ont la trouille de la mort, ne profitent pas du tout de la vie !
ils sont complètement rétrécis et tout ça, et...
Et ne risquent jamais rien, et ils croient qu'ils sont éternels, c'est complètement idiot, ça !"


B. - "Et mourir à 20 ans, quand même c'est pas..." 


Diane - "Bah non, c'est pas... Naturellement mais mourir à 20 ans, et dites ma chère - la soeur d'Olivier - qui est morte à 14 ans !... Elle est morte à 14 ans ! et elle voulait pas mourir, elle aimait la vie !... Ça c'est le "Karma". Enfin elle, elle avait le sens de la vie, elle en profitait !, chaque seconde !... Mais la plupart des gens qui ont peur de la mort, on peur de leur propre vie ! Mais à un point... - Moi aussi, comme tout le monde ! - Mais, il y a des degrés tout de même !... Faut pas avoir trop peur, faut avoir peur de la mort, faut avoir peur de certaines vies!... De très mauvaise qualité, et de mauvais environnement, mais la mort, avant d'être vivant, on est mort !... (…) vous, vous imaginez, le nombre d'années, de millénaires où vous étiez mort !... C'était très bien, vous étiez très tranquille !... Vous allez retrouver ce bain... épatant, et moi aussi !... Non, moi j'ai peur de la souffrance physique !... La souffrance morale un petit peu, mais j'ai peur de la souffrance physique !... J'ai peur de l'acharnement thérapeutique, j'ai peur des derniers moments, ce qu'on fait aux vieux, que je connais très bien... J'ai accompagné vraiment beaucoup de gens vers la mort, ma mère, ma chère "tata", 96 ans, aveugle, à l'hôpital... Quand j'ai su que c'était la fin, je me suis installé dans un petit hôtel, je suis allée l'accompagner… Elle a été fantastique, et vraiment je connais bien tout ça. Alors ça j'ai peur, de ça. C'est pour ça que le suicide est un acte noble ! Et qui faut le faire quand c'est pas trop tard ! Parce qu'après quand c'est trop tard, même si on veut, on ne peut pas... Et un de mes regrets, c'est que j'avais, juré à maman, que je lui donnerais "le bouillon de 11 heures", ce que je n'ai pas fait ! Et j'étais trop mal, j'étais épuisée par ces mois à l'hôpital à assister à des horribles choses et je n'ai pas eu le courage de... de l'achever... Et je lui avais promis de le faire ! Donc, j'ai été lâche, une fois de plus ! J'ai été plusieurs fois très lâche dans ma vie, et ça c'est la lâcheté que je regrette le plus... (silence) ... C'est dûr d'avoir été très lâche comme ça... Vous parlez à une grande lâche... 


B. - "Quoique vous l'avez accompagnée pendant pas mal d'années..." 


Diane - "Oui, mais, mais il aurait mieux valu, l'accompagner un peu moins, et l'étouffer avec l'oreiller de cet hôsto pourri ! Où ils étaient en grève, ça s'appelait "la taupe" à Ermont-Aubonne. " 


B. -" L'hôpital s'appelait la taupe ? " 


Diane - "Non la grève s'appelait "la taupe"... L'hôpital s'appelait... Oui, ça s'appelait "la taupe" !... Je sais pas pourquoi ! La grève, c'est "la taupe" ! Et c'était une période… C'est très curieux, parce que maman m'avait dit que dans sa jeunesse, elle avait fait des cauchemars, d'une taupe épouvantable qui la poursuivait, et j'ai retrouvé "la taupe" dans les couloirs à la fin de son agonie... Très étrange, hein ?" 


B. - "Donc, c'était le nom de la grève ? " 


Diane - "Oui... C'est pas dans le bouquin, hein ça..." 


B. - "Non, je me rappelle pas.. " 


Diane - "Non-non... Oh il y a tant de choses qui sont... Le "non-dit" pèse des tonnes, le livre pèse quelques grammes, le non-dit pèse des tonnes, il faudrait des tombereaux pour, pour charrier le non-dit... Chaque chapitre peut faire... des tombereaux de "palabras"... "palabras" !..." 


B. - "On coupe, Diane ?" 


Diane - "Vous êtes content de moi ? " 


B. - "Oui !" 


Diane - "Je suis un peu révoltée... Aujourd'hui !"...



Fin de l'entretien. Le 17 avril 1991 à Paris


 

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